L’exception culturelle tue la VOD

La France a mis en place depuis les années 80 un mécanisme de financement de la filière cinématographique qui fait de la France une réelle exception: une création cinématographique florissante, et un marché interne ou la production nationale a trouvé et maintient sa place.

MARCHÉ DU CINÉMA

Les mécanismes de financement mis en place au cours des ans sont complexes, nombreux, et couvrent des sommes très importantes au regard du chiffre d’affaire de la filière.

Le site du CNC est empli de pépite pour comprendre le fonctionnement de la branche cinéma. Certains lui reprochent son trésor de guerre et sa position, mais au moins l’institution travaille et produit des ressources instructives. Si tous les organismes similaires pouvaient en faire autant….

Deux types d’obligations s’imposent aux chaines TV, gérée par le CSA. La première concerne la production cinématographique, la seconde l’achat de programmes cinéma. Ces obligations, qui varient en fonction des chaines, sont fixées en pourcentage de chiffre d’affaire. Avec un peu de bonne volonté, on peut trouver sur le site de ce dernier les rapports annuels pour chaque chaîne (sauf ARTE qui ne dépend pas du CSA), reprenant ses obligations et ses dépenses/investissements.

Parmi toutes les chaînes, une bénéficie d’un régime particuliers, CANAL +. En contrepartie de contraintes beaucoup plus lâches sur la chronologie des médias, le groupe doit investir massivement dans la production cinématographique et l’achat de programmes.

Avec ces mécanismes, la télévision assure au cinéma un chiffre d’affaire de 900M€, et produit à hauteur de 200 M€.

Pour mettre ces chiffres en perspective, l’achat location de vidéo représente 1.3 Md€ de chiffre d’affaire, l’exploitation en salle est du même ordre. Attention, ces deux dernière données sont du chiffre d’affaire détaillant, alors que les 900M€ sont la part revenant aux exploitants. Je n’ai pas réussi à trouver le revenu d’exploitation vidéo et salle, mais ne désespère pas de les trouver.

Côté production, l’investissement total dans la production de films est de 1.3Md€. Canal plus a elle seule représente 15% des investissements! Le CNC investit par exemple 110M€/an.

On s’aperçoit donc que la diffusion de cinéma par la télévision, payante ou gratuite représente un des débouchés économiques principaux de la filière cinéma, tant en amont (production) qu’en commercialisation.

MA VOD À MOI

Venons en maintenant à la VOD et à ses deux mamelles, que sont le paiement à l’acte et l’abonnement à un catalogue. Venons-en à ma VOD.

Dans mon esprit malade, le meilleur des mondes de l’accès au cinéma sur petit écran permettrait d’accéder à toute la production de tous les temps à l’acte (soit un catalogue de l’ordre du million de programmes si j’en crois les entrée de la base de donnée IMDB), et un accès tout aussi exhaustif sous forme d’abonnements illimité. La chronologie des médias pourrait distinguer entre films très récent, récent et de fond de catalogue (par exemple

Pour le côté technique, tout ceci serait accessible sur tout écran connecté à internet, en standard, sans distinction de fabriquant ou de fournisseur d’accès, internet et TV neutres.

Je vois cependant un gros inconvénient à cette VOD là: elle tue la TV actuelle. Si tous les programmes qui le peuvent sont linéarités, le modèle économique actuel de la télévision est par terre. La notion même de chaîne TV disparaît. La notion de contrat exclusif sur un contenu disparaît. En place on voit apparaître des prestataires de service assurant la distribution des contenus et rémunérant les ayants droit, voire se voyant assorti d’obligation de pré achat et de production.

Finie l’exception publicitaire de TF1, finie la rente monopolistique de canal plus. Finis 900M€ de revenus assurés par le système de « l’exception culturelle ».

A terme, il sera sans doute possible de reconstruire un modèle économique. Les acteurs en place, à la tête de groupes de chaines importants, aurait sans doute de fortes opportunités dans ce monde futur. Mais la transition est économiquement ingérable.

UN FUTUR À LA PETITE SEMAINE

EN conséquence, les grands groupes TV ne vont se lancer que frileusement, surtout éviter de scier la branche sur laquelle ils sont assis. La branche du voisin, peut-être, mais comment être sûr ?

De même les ayants droits qui ont un système assurant des revenus certains et réguliers, vont avoir la même frilosité.

Si à cela on rajouter des FAI et des constructeurs électroniques qui ne pense qu’à une chose, faire main basse sur le magot, on va au devant de beaux jours pour les systèmes alternatifs et underground…

Nous allons donc nous contenter de portails multiples, portés par les chaines, les FAI, les fabricants, chacun avec ses exclusivités, ses formats propriétaires non interopérables. On va avoir un CSA qui n’aura de cesse de vouloir imposer les même obligations d’achat et de production à tout ce petit monde. Si vous m’avez suivi vous savez que je pense qu’à terme la chose est intelligente. Mais dans cette phase de transition, cela va rajouter à l’immobilisme.

OUI MAIS VOILÀ

Aujourd’hui, il existe deux solutions pour voir en dématérialisé à peu près tout ce que vous voulez.
Vous pouvez acheter du physique, ripper, faire des beaux mkv, multi lingues, sous titrés, supporté par toutes les TV, supportés par tous les NAS du marché, et vous faire votre jolie vidéothèque maison. Vous pouvez même revendre en prime les DVD d’occasion. Au fait quelqu’un vous a rappelé que vous avez le droit de conserver une copie privée après revente du support originale ? Voilà c’est fait.
Autre solution, télécharger comme un goret sur torrent avec ces trackers privés payants à vomir, ou TPB, ou la prochaine offre Mega de Jabba The Hut Dotcom.

En attendant l’exception culturelle française tue ma VOD de bisounours…

 

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