Bonjour, merci pour le super boulot toussa.. Mais et le 8 ?

Ce week-end, en effectuant un rangement en retard d’au moins 10 ans, je suis tombé sur une vieille liasse de papiers, imprimée voilà fort longtemps, durant mes études. Il s’agit d’une vielle spec de MIME datant de 1993, mais l’intéressant n’est pas là.

Ce qui m’a touché, c’est l’histoire derrière ce document, pourquoi je l’ai imprimé à l’époque.

Retour en arrière.

Élève en première année d’école d’ingénieur; un gars de ma promo, parisien, a ses entrées chez revendeur de mangas, animes, et qui importe des laserdisks du japon.

Il faut comprendre qu’on est dans les années club Dorothée. AB Production squatte tout le catalogue disponible d’anime en provenance du pays du soleil levant, quitte à ne pas diffuser, ou à massacrer à coup de coupes, remontage, et traductions foireuses, pour faire cadrer avec sa tranche d’âge cible, les 8-12 ans.

Tout d’un coup, un gars nous apporte toute une série de copie d’Anime dont on n’a même pas entendu parler, ni dont on soupçonnait l’existence. Bubblegum Crisis, AD Police, Silent Möbius, Akira, Hokuto no Ken, Macross… Certes rien d’extraordinaire de nos jours, mais à l’époque…

私は日本語を話さない。

Un petit problème toutefois. Tout était en Japonais, rien n’était sous titré.

En première année, en 1993-94, lors des premiers cours d’informatique, premiers contacts avec UNIX, les élèves les plus intéressés avaient, après une « formation », eu droit à avoir accès à internet. A l’époque, pas de web. Pour rappel, fin 1993, le Web naissant comptait 500 serveurs en tout et pour tout.

Notre navigation tournait donc autour du ftp et de Archie. Altavista et Yahoo ne verraient le jour qu’en 1995 ! Malgré cela nous avons trouvé sans peine – je ne me rappelle pas que nous ayons ramé – les scripts, en anglais. Des étudiants américains avait fait le travail pour nous et partagé tout cela sur le site de leur université. Les fansubs étaient déjà là.

tex, dvips, lp

Les premiers scripts étaient en plaintext. Assez vite nous avons rencontré les premiers ps puis TeX. Découverte du manpage, du dvi et du spooling d’impression.

Chaque script contenait à l’époque le nom du traducteur et son adresse mail. Le vrai nom, pas un pseudo. Ce qui fait qu’assez vite, en rencontrant une coquille ou un problème de traduction, on envoie un petit message à l’auteur qui nous remercie en retour. Premiers mails en anglais, le plus naturellement du monde.

Puis viens le jour ou manque l’épisode huit… Après avoir écumé les Archies de monde entier – ce qui ne faisait pas beaucoup – retour à la case mail. « Bonjour, merci pour le super boulot toussa.. Mais et le 8 ? »

Le spam n’existait pas. Les mails étaient peu nombreux, étaient lus, et avaient le plus souvent une réponse. Le lendemain, je recevais un mail contenant un infâme gloubiboulga. Mon premier mail avec pièce jointe. Sauf que, je ne savais pas ce que c’était, et le serveur de l’école ne supportait pas le protocole. Face à ma complainte, mon interlocuteur m’envoyait voir les specs de MIME, chose que je fis, d’ou le document dont je parlais en introduction.

C’était l’époque où les bisounours lurkaient sur internet, déjà la propriété intellectuelle était bafouée, mais à visage découvert, et sans conséquences…

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